Menaces, meurtres, exils forcés, emprisonnements : la communauté peulh paie chaque jour le prix fort de son identité. Au fil des années, elle subit une politique d’exclusion brutale, plongeant sa jeunesse dans un avenir sans repères. Rejoindre le système ou fuir : tel est le dilemme des jeunes peulhs aujourd’hui en Guinée.
Une persécution systématique et silencieuse
Dans les rues de Conakry comme dans les villages de Labé ou de Pita, les jeunes peulhs grandissent dans la peur. Peur d’être arrêtés, battus, ou même tués pour leur nom, leur origine, leur engagement politique supposé. La stigmatisation, sourde mais constante, s’est transformée au fil des années en une forme de répression quotidienne.
Depuis 2009, la Guinée s’est tristement illustrée dans des faits d’une rare violence, ciblant principalement la communauté peulh. Le massacre du 28 septembre 2009, tristement célèbre, en reste un exemple criant. Plus de 100 guinéens y ont perdu la vie, et de nombreuses femmes ont été violées dans l’enceinte même du stade, sous les yeux du monde. Un crime contre l’humanité encore impuni à ce jour.
De 2010 à 2025, les manifestations politiques ont fait plus de 500 morts parmi les jeunes peulhs, selon les ONG de défense des droits humains. Les quartiers considérés comme pro-opposition, souvent peuplés majoritairement de peulhs, ont été les premiers ciblés par les forces de l’ordre. Chaque contestation se paie en vies humaines, en arrestations arbitraires, en disparitions inquiétantes.
Un peuple à genoux, la jeunesse d’une communauté condamnée
Le message est clair : « Ne soyez pas du mauvais côté de l’histoire ». Pour beaucoup de jeunes peulhs, cela signifie renier leur liberté, leurs convictions, et s’intégrer de force dans un système qui nie leur droit à l’expression. D’autres, par peur ou par instinct de survie, choisissent l’exil, abandonnant famille et avenir derrière eux. Entre l’acceptation silencieuse et la mort, il n’existe plus d’alternative.
Le sort réservé aux figures politiques peulhes en dit long. Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG et leader incontesté de l’opposition, vit en exil depuis deux ans, contraint de quitter le pays face aux menaces. Aliou Bah, autre figure de la contestation, croupit en prison, victime d’un acharnement politique. Le message envoyé à la jeunesse est glaçant : le prix de l’engagement, c’est la mort ou l’exclusion.
Discours de stigmatisation depuis le sommet de l’État
Dans ce contexte de tension, les propos du Général Amara Camara secrétaire à la présidence, ont jeté un froid. Interrogé sur les accusations de répression ciblée contre les peulhs, il a sèchement répliqué :
« Il faut que les peulhs arrêtent de se victimiser. Ils ne sont pas au-dessus des lois. S’ils manifestent, ils assument les conséquences. »
Un discours qui nie la réalité des faits et conforte l’idée d’une hostilité institutionnelle contre une communauté toute entière. Pire encore, il légitime les violences dont elle est la cible.
Un appel à la conscience nationale et internationale
La communauté peulh est aujourd’hui face à une menace existentielle. Son avenir est suspendu à une réconciliation impossible tant que la justice ne sera pas rendue et que la vérité ne sera pas reconnue. À la communauté internationale de regarder au-delà des discours officiels, et de se pencher sur le calvaire d’un peuple piégé entre répression et silence.
Alpha Oumar







