Guinée : l’illusion du changement, la réalité d’un pouvoir qui s’accroche

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Alors que les espoirs nés du coup d’État du 5 septembre 2021 semblaient promettre une transition exemplaire, le climat politique en Guinée s’enlise dans les incertitudes. Le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), arrivé au pouvoir en promettant la rupture et la refondation, est aujourd’hui accusé de dérives autoritaires. Arrestations arbitraires, restriction des libertés et absence de dialogue sincère avec les acteurs politiques alimentent un malaise grandissant. Analyse d’une transition qui patine.

Conakry, 02 janvier 2025 – Par Alpha Umar Diallo journaliste

L’histoire semblait vouloir se répéter. Après des décennies de régimes autoritaires, la Guinée avait vu naître un nouvel espoir avec la chute du président Alpha Condé. Porté par une rhétorique de rupture, le colonel Mamadi Doumbouya apparaissait comme le symbole d’une nouvelle ère. Trois ans plus tard, le rêve s’effiloche, rattrapé par une réalité amère : celle d’un pouvoir militaire qui tarde à rendre la main.

Le calendrier de la transition, initialement annoncé pour durer 24 mois, semble aujourd’hui relégué au second plan. Les échéances sont sans cesse repoussées sous prétexte de réformes nécessaires. Pourtant, dans les rues de Conakry, la lassitude gagne. “On a applaudi le départ d’Alpha Condé, mais on a l’impression d’être retombés dans le même système”, murmure un enseignant du secondaire sous couvert d’anonymat.

Les signes d’un durcissement du régime ne manquent pas. L’arrestation récente de figures de la société civile et de leaders politiques comme Oumar Sylla (alias Foniké Menguè), la fermeture de médias critiques, et la répression violente de certaines manifestations laissent peu de place au doute. La liberté d’expression, qui devait être l’un des piliers de la refondation, se retrouve bâillonnée au nom d’une prétendue stabilité.

Pendant ce temps, les concertations politiques piétinent. Les grandes formations d’opposition dénoncent une transition unilatérale, sans réelle consultation. “Le dialogue est devenu un monologue”, confie un membre influent du FNDC, désormais interdit. Le gouvernement de transition, lui, défend son bilan : lutte contre la corruption, recensement administratif, audit des finances publiques. Mais ces actions, bien que saluées sur le papier, manquent de transparence et de résultats tangibles.

La communauté internationale, quant à elle, semble marcher sur des œufs. Si la CEDEAO continue d’appeler au respect du calendrier de transition, elle peine à imposer une véritable pression sur le régime. La population, elle, est tiraillée entre résignation et colère.

En Guinée, les révolutions commencent souvent dans l’espoir, mais finissent dans la désillusion. Celle du CNRD semble suivre le même schéma. Tant que le pouvoir militaire n’acceptera pas de passer la main au civil à travers des élections libres, la transition restera inachevée. Et la refondation, une promesse trahie.