Et oui, c’est la politique. Ce monde de virages serrés, de convictions volatiles et de métamorphoses parfois déroutantes. L’homme du jour s’appelle Cellou Baldé, longtemps considéré comme le fils spirituel de Cellou Dalein Diallo, aujourd’hui exilé. L’ancien coordinateur des fédérations de l’UFDG, autrefois figure de la contestation virulente contre la junte, a changé de partition. Désormais, il joue à fond la carte du soutien au projet constitutionnel piloté par le CNRD.
Ce lundi, à Mamou, en Moyenne-Guinée, Cellou Baldé s’est affiché sans ambages aux côtés de deux ministres du gouvernement : Moussa Moïse Sylla, chargé de la Culture, et Mory Condé, en charge de l’Urbanisme. Ensemble, ils faisaient une escale médiatisée avant de poursuivre vers Labé, dans le cadre de la campagne de vulgarisation de la nouvelle Constitution, conformément aux directives du général Mamadi Doumbouya.
Casquette vissée sur la tête, veste à quatre poches sur le dos, regard appliqué, le même Baldé, naguère pourfendeur des autorités de la transition, bat désormais campagne avec zèle et méthode. Une reconversion spectaculaire qui ne passe pas inaperçue, surtout dans les rangs de l’opposition historique qu’il représentait.
Ce nouvel engagement de Baldé n’est pas un acte isolé. En moins de 48 heures, deux anciens cadres de l’UFDG ont publiquement franchi le Rubicon, rejoignant un pouvoir qu’ils dénonçaient encore avec virulence quelques mois auparavant. Cette tendance, bien que niée par certains responsables restés fidèles à Dalein, illustre les fissures profondes d’un parti qui peine à contenir l’hémorragie.
Selon nos informations, Cellou Baldé fréquenterait régulièrement les couloirs du palais présidentiel. Sa possible nomination à un poste ministériel serait même un sujet de discussion au sommet de l’État. Ce qui, dans les milieux politiques, alimente à la fois les spéculations et les désillusions.
D’autres figures naguère emblématiques de l’opposition, Mamadou Maladho Diallo, Alpha Boubacar Diallo, Ousmane Gaoual Diallo, Souleymane Thiâ’nguel Bah, ou encore Bakary Keïta, ont aussi revêtu les couleurs du pouvoir. Entre convictions révisées, ambitions personnelles assumées et pragmatisme politique, tous semblent aujourd’hui marcher au rythme de la gouvernance transitionnelle.
Résultat : une UFDG de plus en plus fragilisée, paralysée par des tensions internes, minée par des départs stratégiques, et esseulée face à un adversaire qui ne lui laisse ni l’espace, ni le terrain, ni les institutions.
Car il faut le dire sans détour : les soutiens du pouvoir d’aujourd’hui bénéficient, dans une symphonie bien rodée, des bénédictions de la Banque centrale, de la police, de la gendarmerie, voire de l’armée. Pendant ce temps, l’opposition traditionnelle se cherche encore un souffle, un cap, et peut-être même une relève.