L’itinéraire de Moussa Moïse Sylla illustre à lui seul la complexité — voire la versatilité — du paysage politique guinéen. Ancien chroniqueur vedette de l’émission Les Grandes Gueules sur Espace FM, il fut longtemps perçu comme l’une des figures les plus engagées du journalisme critique. Mais l’homme de médias, jadis redouté pour ses prises de position tranchées contre les dérives du pouvoir, est aujourd’hui un haut responsable du système actuel.
Hier, le censeur d’Alpha Condé
Avant le coup d’État du 5 septembre 2021, Moussa Moïse Sylla était l’une des voix les plus virulentes contre le régime d’Alpha Condé. Il dénonçait avec force la révision constitutionnelle de mars 2020, perçue comme un véritable hold-up démocratique destiné à offrir un troisième mandat à l’ancien président. Ses interventions sur les antennes d’Espace FM résonnaient alors comme un appel à la résistance citoyenne. Au nom de la Constitution et de l’alternance, il défendait une vision claire : nul ne doit s’accrocher au pouvoir au détriment de la démocratie.
Aujourd’hui, le serviteur du régime de transition
Le 5 septembre 2021 a marqué un tournant décisif dans la vie politique guinéenne — et dans celle de Moussa Moïse. À la faveur du putsch du Général Mamadi Doumbouya, il quitte son rôle de journaliste indépendant pour rejoindre le cœur de l’appareil d’État :
-
D’abord Directeur de la Communication et de l’Information de la Présidence dès décembre 2021 ;
-
Puis Ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat à partir de mars 2024.
Celui qui fustigeait les révisions constitutionnelles sous Alpha Condé soutient aujourd’hui le projet de nouvelle Constitution porté par le CNRD. Plus encore, il a récemment appelé publiquement le Général Doumbouya à se porter candidat à la future élection présidentielle — une initiative perçue comme une rupture totale avec les engagements initiaux du pouvoir de transition.
Un revirement qui interroge
Cette métamorphose politique n’est pas passée inaperçue. Dans l’opinion, les réactions oscillent entre déception, incompréhension et indignation.
Pour beaucoup, Moussa Moïse Sylla incarne désormais le symbole d’un opportunisme politique assumé : il a combattu la manipulation constitutionnelle d’un président civil, pour finalement en défendre une version militaire.
D’autres estiment qu’il s’agit d’un choix de conviction, d’un alignement sur un projet qu’il juge plus crédible ou plus porteur pour la Guinée.
Entre idéal et réalité du pouvoir
Le parcours de Moussa Moïse Sylla soulève une interrogation essentielle :
Les convictions résistent-elles à la tentation du pouvoir ?







