Un coup de tonnerre vient de frapper la République Démocratique du Congo, et ses ondes de choc résonnent jusqu’en Guinée. Augustin Matata Ponyo, l’ancien Premier ministre congolais, celui-là même qui aurait formé plusieurs ministres de renom en Guinée, a été condamné mardi à dix ans de travaux forcés par la Cour constitutionnelle de son pays. La raison ? Le détournement de plus de 240 millions de dollars dans le cadre du projet agro-industriel de Bukanga Lonzo.
Un verdict sans appel qui fait grincer des dents
C’est une décision qui secoue le paysage politique congolais. Poursuivi depuis 2021, Matata Ponyo a été reconnu coupable d’avoir “conçu, participé et bénéficié” du détournement de fonds, notamment via des paiements surfacturés et des travaux non exécutés. Deux de ses co-prévenus, l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Déogratias Mutombo Mwana Nyembo, et l’homme d’affaires sud-africain Christo Grobler, ont également écopé de cinq ans de travaux forcés chacun.
En plus de la peine de prison, la Cour a frappé fort :
Matata Ponyo se voit infliger cinq ans d’interdiction d’accès aux fonctions publiques et cinq ans de privation du droit de vote et du droit à la libération conditionnelle. Une sentence moins lourde que les vingt ans requis par le procureur, mais qui n’en reste pas moins un camouflet majeur pour l’ancien chef du gouvernement (2012-2016).
L’immunité parlementaire, une barrière fragile
Cette affaire a mis en lumière des tensions institutionnelles entre la Cour constitutionnelle et l’Assemblée nationale. Matata Ponyo, aujourd’hui député national, avait vu son immunité parlementaire contestée. La Cour a finalement affirmé sa compétence à le juger, estimant que son statut de parlementaire ne faisait pas obstacle aux poursuites engagées avant son élection. Une décision qui pourrait créer un précédent juridique notable en RDC.
Une manœuvre politique” pour Matata Ponyo
De son côté, l’accusé a toujours nié les faits qui lui sont reprochés, dénonçant une “manœuvre politique” et accusant les hautes juridictions d’être instrumentalisées. Absent lors du prononcé du jugement, son avocat a d’ores et déjà annoncé son intention de contester le jugement qu’il qualifie d’« inique ».
La Guinée, spectatrice d’un procès retentissant
Au-delà des frontières congolaises, cette condamnation résonne particulièrement en Guinée. Que penser de la situation actuelle, quand celui qui a eu la charge de former les ministres du gouvernement de Alpha Condé est aujourd’hui cloué au pilori par la justice de son propre pays ? Un “formateur” de ministres qui finit par être condamné pour détournement, l’ironie est parfois amère. Cette affaire est une première pour la Cour constitutionnelle congolaise, qui statue en matière pénale pour la première fois depuis sa création il y a dix ans.
Aly Badara Akil







