SPPG vs HAC : le syndicat des journalistes interpelle sur l’exclusion des Web médias

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Alors que la HAC interdit l’accès des Web TV et radios non autorisées aux événements officiels, le Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG) monte au créneau et appelle au dialogue.
Conakry, 1er juillet 2025 – Le Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) réagit vivement à la note circulaire de la Haute Autorité de la Communication (HAC) en date du 30 juin 2025, qui exclut les Web TV, Web radios et autres médias non autorisés des manifestations publiques et des événements officiels.
Dans un communiqué rendu public ce mardi, le Bureau national du SPPG dit prendre acte de cette décision, tout en alertant sur ses effets potentiellement dommageables pour la liberté d’informer, le pluralisme des sources et l’avenir du journalisme numérique en Guinée.
Une décision jugée discriminatoire
Le SPPG dit comprendre la volonté de la HAC de réguler le secteur de la presse et d’assainir le paysage médiatique. Un objectif que le syndicat dit partager. Toutefois, il estime que les moyens choisis sont inadaptés au contexte actuel et risquent de pénaliser une frange importante de journalistes.
« Ces nouveaux médias jouent un rôle crucial dans le circuit de l’information, notamment auprès d’un public jeune et connecté », fait remarquer le syndicat. Il rappelle que même si les textes juridiques ne les encadrent pas encore suffisamment, rien dans la législation guinéenne ne les interdit.
Pire, selon le SPPG, ces médias sont aujourd’hui intégrés jusque dans les outils de communication officiels de l’État, à l’image de Guinée Gouv TV, une Web TV créée par le gouvernement lui-même. De plus, la Direction de la Communication et de l’Information (DCI) diffuse régulièrement des cérémonies officielles sur les réseaux sociaux, une pratique que cette mesure pourrait indirectement compromettre.
Une atteinte au pluralisme médiatique
Le syndicat estime que cette décision contrevient aux principes fondamentaux de la liberté de la presse tels que garantis par le droit international : pluralisme des médias, diversité des canaux de diffusion, égalité d’accès à l’information publique.
Il rappelle également que certains de ces Web médias sont aujourd’hui tenus par des journalistes professionnels dont les organes traditionnels ont été fermés depuis plus d’un an, notamment dans le contexte des restrictions subies par la presse privée ces derniers mois.
Les recommandations du SPPG
Face à cette situation, le SPPG formule plusieurs recommandations :
  • À la HAC, il demande de reconsidérer sa décision et d’engager sans délai des concertations avec les animateurs des Web TV et radios concernées. Il propose de mener lui-même ces discussions pour favoriser une solution concertée.
  • Il invite également la HAC à différer l’application de l’interdiction visant les journalistes non détenteurs de la carte professionnelle, rappelant que l’institution reconnaît elle-même que seules une centaine de demandes ont été traitées à ce jour.
  • Aux journalistes Web, le syndicat demande de s’organiser en collectif pour mieux défendre leurs droits et faciliter les échanges avec les autorités de régulation. Il s’agit notamment de faire le tri entre les professionnels de l’information et les plateformes alimentées par des acteurs sans légitimité journalistique.
  • Enfin, aux autorités politiques et législatives, le SPPG recommande d’associer les acteurs des médias à la révision des lois en cours, notamment en ce qui concerne la reconnaissance juridique des Web médias, leurs modalités d’enregistrement, et leur conformité avec les garanties constitutionnelles en matière de liberté de la presse.
Un appel à la raison
Dans un contexte où la presse guinéenne traverse une période de tension et de remise en question, le SPPG se veut force de proposition. Il plaide pour une régulation équilibrée, respectueuse des nouveaux usages et des droits des journalistes, quels que soient leurs canaux de diffusion.
Le Bureau national conclut son communiqué en réaffirmant son engagement pour un journalisme libre, pluriel, et professionnel, tout en restant ouvert à un dialogue constructif avec la HAC et les autorités de tutelle.