Voilà un peuple qui, depuis des décennies, semble n’avoir qu’une seule préoccupation : danser. Danser pour masquer la douleur, danser pour oublier l’oppression, danser pour faire face à l’injustice. La Guinée, un pays qui a pourtant connu de grands moments d’espoir à son accession à l’indépendance, semble aujourd’hui se perdre dans une spirale de résignation, se contentant de rythmes et de festins tandis que son destin s’éloigne. Un peuple qui, au lieu de se concentrer sur son développement économique et social, semble se satisfaire de l’illusion du bonheur et de la stabilité. Cette image de joie apparente, de danse continue, masque une réalité bien plus sombre : celle d’une société qui souffre en silence, et qui accepte, sans véritable révolte, des pouvoirs qui l’appauvrissent, la divisent et l’empêchent de décoller.
Depuis l’indépendance, la Guinée a vu de nombreux dirigeants se succéder, mais jamais un projet véritablement ambitieux de développement national n’a émergé. Le pays est riche de ressources naturelles et de talents humains, mais ces atouts sont systématiquement exploités pour alimenter des intérêts étrangers ou personnels, tandis que la population, dans sa grande majorité, reste plongée dans la pauvreté. Le rêve d’une Guinée prospère, où chaque citoyen pourrait espérer une vie meilleure, semble s’éloigner à mesure que le pays sombre dans l’inefficacité gouvernementale et l’indifférence populaire.
C’est un peuple qui se contente des miettes du festin. Quand, après tant d’années d’indépendance, la question du décollage économique devrait être une priorité, voilà que ce peuple, dans son insouciance, continue de soutenir aveuglément des gouvernants qui ne font que perpétuer un système d’exploitation et de soumission. Au lieu de revendiquer des réformes profondes, des changements structurels pour véritablement transformer le pays, la population semble accepter sa condition, se contentant de célébrations et de discours sans lendemain. Le peuple danse, oui, mais il danse sur ses propres ruines, et son sourire est un masque qui cache une grande détresse.
C’est un peuple qui a oublié la valeur du travail acharné pour la prospérité collective. Il s’est laissé séduire par les promesses vides de dirigeants corrompus, qui ne font que piller les ressources naturelles sans souci pour l’avenir de la nation. La Guinée, si elle a toutes les cartes pour briller en Afrique et dans le monde, semble pourtant se contenter de peu, se repliant sur elle-même dans une sorte de confort morbide, se convainquant que les choses ne peuvent pas changer.
Mais cela ne peut pas durer. Il est grand temps de prendre conscience de la situation. Il est inacceptable que, face à tant de richesses naturelles et humaines, le peuple de Guinée continue d’être maintenu dans la pauvreté, sans accès à des infrastructures de qualité, à une éducation digne de ce nom, à des soins de santé décents. Il est inacceptable que la jeunesse, l’avenir du pays, se retrouve sans perspectives, obligée de fuir pour trouver des opportunités ailleurs, là où ses talents et son énergie seraient reconnus à leur juste valeur.
Il est grand temps de réveiller ce peuple. Ce n’est pas dans la danse ou l’indifférence que réside l’avenir de la Guinée, mais dans l’action collective, dans l’éveil de la conscience nationale. La Guinée ne doit pas se contenter d’être un pays de ressources naturelles exploitées par des intérêts étrangers et des élites déconnectées des réalités. Elle doit devenir un exemple de gouvernance responsable, de développement inclusif, et de dignité retrouvée pour chaque Guinéen.
Le temps de la résignation est révolu. Le temps des fêtes sans lendemain doit céder la place à une nouvelle ère, celle de la mobilisation nationale pour un avenir plus juste et prospère. Ce peuple mérite mieux que de continuer à danser sur sa propre misère. Il doit se battre pour sa place dans le monde, pour son développement, pour sa dignité.
Aly Badara Akila, journaliste mis au chômage par le CNRD !