Le théâtre judiciaire de la CRIEF a rarement offert un spectacle aussi… paternaliste. Le 7 avril dernier, le Dr Ousmane Kaba, figure tutélaire des finances sous l’ère Conté, a cru bon de dispenser quelques leçons d’âge et de sagesse à un magistrat qui, ironiquement, ne faisait que son travail. L’ancien ministre, dans une envolée dont lui seul a le secret, a tenté de se draper dans une honorabilité d’antan, oubliant peut-être qu’à la barre, les titres s’effacent devant les faits.
Se piquant au jeu de la joute verbale avec un juge Conté visiblement peu impressionné par cette posture de doyen, Kaba a récolté une prompte et cinglante réplique. L’orgueil, cette vieille amie des prétoires, en a pris un coup. Et voilà que Yacouba Conté, loin de se laisser intimider par ce paternalisme de façade, a instruit des poursuites pour un “outrage à magistrat” que même les plus fervents admirateurs de Kaba ont dû mal à nier.
Quelques jours ont suffi pour que la superbe s’effrite. L’ancien député, sentant le vent tourner et les nuages judiciaires s’amonceler, a finalement ravalé sa posture de patriarche offensé. Accompagné de ses conseils, il a présenté des excuses aussi publiques que son altercation avait été théâtrale. Un communiqué larmoyant a circulé, où le Dr Kaba, soudainement humble, reconnaissait des “mots tenus dans l’énervement” qui dépasseraient sa pensée profonde.
“Père de famille” un jour, contrit le lendemain. Ousmane Kaba a même pris la peine de magnifier le corps judiciaire, ce “troisième pouvoir de toute démocratie”, lui qui, quelques jours auparavant, semblait le considérer comme une tribune pour ses envolées personnelles. On retiendra la précision de son mea culpa, visant nommément le président de la chambre et la CRIEF, comme si l’ampleur de l’offense nécessitait des circonvolutions oratoires dignes d’un plaidoyer.
Reste à savoir si ces excuses tardives auront l’effet escompté sur la justice, qui attend toujours le Dr Kaba à la barre le 26 mai pour le délibéré d’une affaire de pêche pour le moins… litigieuse. En attendant, on imagine le président Conté, impassible, prendre acte de cette volte-face, se demandant sans doute si ce soudain accès d’humilité est une conversion sincère ou une simple tactique de procédure. À la CRIEF, le spectacle continue, et le rôle du “père de famille” semble avoir trouvé un nouvel acte, celui de l’accusé contrit.