Profaner le deuil, trahir la confiance, mépriser la douleur : ce sont les actes reprochés à Mohamed 1 Camara, désormais condamné à 10 ans d’emprisonnement ferme par le tribunal de première instance de Kindia. Son crime ? Avoir volé des téléphones portables aux proches en larmes de feu Moussa Koffoé, le jour même de son inhumation.
Un geste jugé ignoble, inqualifiable, par le parquet et la partie civile. Et pour cause : alors que la nation pleurait la disparition d’un artiste, l’accusé profitait du tumulte émotionnel pour dépouiller les endeuillés, en particulier les enfants du défunt. À la barre, Mohamed Camara n’a pas nié. Il a reconnu les faits, sans toutefois exprimer de remords profonds.
Mais cette reconnaissance n’aura pas suffi à atténuer la colère du ministère public. Dans un réquisitoire implacable, le procureur a réclamé la peine maximale : 10 ans fermes et 5 millions de francs guinéens de dommages et intérêts. Une demande que le président du tribunal a suivie, ordonnant également la restitution immédiate des biens volés à la famille Koffoé.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, deux autres victimes se sont signalées pendant l’audience. Mariame Diallo, la voix tremblante, a raconté avoir remis son téléphone au prévenu pour filmer une cérémonie. Elle ne l’a jamais récupéré. Fatoumata Camara, résidant à Dubréka, a livré un témoignage glaçant : elle accuse Mohamed Camara d’avoir profité de sa détresse à l’hôpital pour s’éclipser avec son téléphone, dans un moment où elle luttait entre la vie et la mort.
Ces récits ont jeté une lumière encore plus sombre sur le profil du prévenu, présenté comme un manipulateur froid, prêt à tout pour s’enrichir sur le dos des plus vulnérables.
Les avocats de la défense ont tenté de faire valoir la sévérité de la peine, sans succès. Ils n’ont toutefois pas l’intention de faire appel. « La justice a parlé, même si elle a été dure », a lâché l’un d’eux, en quittant la salle d’audience.
Ce verdict envoie un signal fort : en Guinée, la profanation morale du deuil ne restera pas impunie. La justice a choisi de frapper fort, pour dissuader ceux qui, dans l’ombre de la douleur collective, tenteraient d’assouvir leur cupidité.