Conakry : Les laveurs de morts en crise, « les corps ne viennent plus »

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Conakry, Guinée – Alors que la crise économique continue de frapper sans distinction divers secteurs d’activité à travers le pays, une réalité singulière et souvent méconnue émerge des coulisses de la vie urbaine. À la Camayenne, l’un des principaux lieux de sépulture de Conakry, les professionnels chargés des ablutions funéraires, une fonction essentielle dans les rites post-mortem, font face à une précarité économique grandissante. Dans un contexte de “galère” généralisée, le sort de ces citoyens, dont l’activité est intrinsèquement liée à la mort, offre un aperçu poignant de l’impact de la conjoncture économique guinéenne.
Une profession vitale mais peu rémunératrice
Mohamed Camara, un citoyen rencontré sur place, a livré un témoignage éloquent sur la mésaventure quotidienne que représente cette activité dans le climat économique actuel. Il révèle que, malgré la nécessité de leur service, la rétribution est devenue insuffisante pour subvenir aux besoins élémentaires.
“Nous sommes ici. Nous gagnons nos vies dans ça,” a-t-il confié. Pourtant, la réalité est décevante. M. Camara explique que le prix pour laver un corps est aujourd’hui dérisoire. “Pour laver un corps, le prix est petit,” a-t-il affirmé, déplorant la difficulté de “gagner le marché” rapidement. Les familles endeuillées, elles-mêmes contraintes par la crise, proposent souvent des tarifs “moins raisonnables”, rendant la négociation ardue.
La saison des pluies, une contrainte supplémentaire
Outre les difficultés financières, la saison des pluies constitue une entrave majeure à leur travail. L’humidité et les intempéries compliquent des conditions de travail déjà éprouvantes, ajoutant un fardeau physique à leur précarité économique.
“La saison des pluies n’est pas facile,” a souligné M. Camara. Cette période aggrave une situation déjà tendue, où la souffrance économique est omniprésente.
Le témoignage de Mohamed Camara met en lumière la vulnérabilité de ces travailleurs de l’informel qui, en dépit de l’importance de leur rôle dans le respect des dernières volontés, se retrouvent marginalisés par la crise économique. Leur lutte pour la survie quotidienne illustre la dureté des réalités économiques qui n’épargnent aucun segment de la société guinéenne.