La suspension de l’imam Abdoul Hamid Bah de la mosquée Hoorè-Hollandè, dans la commune urbaine de Labé, continue de faire couler beaucoup d’encre. Suite à son sermon jugé “controversé” sur le climat de traîtrise à Labé, la Ligue islamique régionale a prononcé une sanction sévère : interdiction d’accès à la mosquée jusqu’à nouvel ordre.
Ce jeudi, dans une vidéo largement relayée par Guineematin, l’imam Mohamed Aly Soumah de Kipé s’est exprimé pour la première fois sur cette affaire, en apportant une lecture très claire, et controversée des responsabilités d’un imam dans la société.
“Il y a des imams, quand ils sont devant les gens, ils s’excitent”, a-t-il déclaré d’un ton critique, estimant que la fonction d’imam est une destinée divine qu’il faut exercer avec retenue et sagesse.
Selon lui, être imam n’est pas un poste conquis par le savoir ou le statut social, mais un choix de Dieu : “Tu vas voir que l’imam prêche dans une mosquée, il fait prier des gens qui ont leurs doctorats. Mais Dieu a décidé que c’est lui l’imam. Ça veut dire qu’être imam, c’est un choix de Dieu.”
L’imam Soumah insiste : la posture d’un imam exige un comportement plus élevé que celui des autres fidèles. Selon lui, un leader religieux ne peut pas dire tout ce qu’il pense, même s’il s’appuie sur le Coran ou les hadiths.
“Même si c’est le Coran, même si c’est un hadith, quand tu sais que ce que tu dis peut amener des troubles ou des incompréhensions, tu es interdit de le dire. Chaque prêche a son moment. Même pour enseigner ou éduquer, il y a une façon. Sinon, tu risques de sortir du droit chemin.”
Sur les propos de l’imam Abdoul Hamid, qu’il juge généralisants envers toute la ville de Labé, l’imam de Kipé n’est pas tendre : “Quand tu es à Labé et que tu dis quelque chose qui concerne tout Labé, ça veut dire que tu as sorti au grand jour ce qui est censé rester discret. Ce n’est pas le rôle d’un imam.”
Quant à l’interdiction d’accès à la mosquée, mesure qualifiée d’extrême par certains fidèles et observateurs, l’imam Soumah estime qu’elle est même protectrice : “Interdire à un imam d’accéder à la mosquée, moi je crois que ce n’est pas trop. Peut-être que c’est pour lui sauver la vie. Il peut y avoir des personnes contre ce qu’il a dit. Et dans chaque société, il y a des sages capables de raisonner.”
Il pousse la comparaison plus loin, évoquant les pratiques à La Mecque : “À la Mecque, si un imam dérape, on l’enchaîne et on l’enferme directement. Ici, on ne fait pas ça. On respecte les imams. Mais il faut savoir qu’un imam a des limites, et qu’il y a au-dessus de lui des sages.”
À la question de savoir si la religion autorise qu’on interdise à quelqu’un d’accéder à une mosquée, sa réponse est tranchée : “Mais bien sûr, quand la personne a commis une faute. On peut commettre une erreur, mais une faute, c’est plus grave. Même à la mosquée, des gens peuvent faire du mal.”