En Guinée, obtenir de l’argent liquide est devenu un véritable parcours du combattant. Ce samedi, un citoyen – qui a préféré garder l’anonymat – a accepté de témoigner de l’épreuve qu’il a vécue, entre fatigue, frustration et incompréhension face à un pays où même les guichets automatiques semblent désertés par les billets.
« Aujourd’hui, je suis allé d’Enco 5 jusqu’à l’aéroport, puis à Coleyah. Partout, les guichets électroniques étaient vides. Les vigiles m’ont confié qu’ils avaient reçu pour consigne d’annoncer aux clients que les guichets ne seraient approvisionnés qu’à partir de lundi », raconte-t-il, encore abasourdi.
Pour ce voyageur, le choc ne s’est pas arrêté là. Ayant un peu d’argent sur son compte Orange Money, il décide de tenter un retrait. De Kagbélen à Tanéné, où il se trouve actuellement, la situation est la même : pénurie totale. « Je n’ai pu avoir que 150 000 francs à Dioumaya et 200 000 à Bawa. C’est tout. Même pour trouver ces montants dérisoires, il a fallu supplier et chercher partout », déplore-t-il.
Le témoignage prend une dimension encore plus alarmante à Dubréka, où, selon ses mots, « tout le grand marché et ses environs étaient à sec ». Les mototaxis, devenus malgré eux des guides dans cette chasse au billet, ne cessent de répéter : « Depuis hier, on cherche. » Finalement, à Bawa, un chauffeur compatissant lui cède 150 000 francs, un geste qui lui a permis de poursuivre sa route.
La scène se répète ailleurs : « À Koubia, un autre m’a dit qu’il avait trouvé un peu d’argent… mais avec énormément de difficulté. »
Comme si cela ne suffisait pas, le soir, sa femme lui rapporte un fait nouveau : dans certaines zones de Conakry, les clients paient désormais directement les taxis via Orange Money Marchand, faute de billets. « Elle a vu ça de ses propres yeux. Ce n’est pas tous les taxis, mais c’est de plus en plus fréquent », précise-t-il.
Une crise monétaire qui s’installe
Ce récit n’est pas isolé. Depuis plusieurs semaines, des signes inquiétants se multiplient : files d’attente interminables devant les guichets automatiques, agences de transfert saturées, commerçants incapables de rendre la monnaie. Officiellement, aucune explication claire n’a été donnée, mais sur le terrain, les conséquences sont réelles : économie paralysée, transactions bloquées, et sentiment croissant d’insécurité financière.
Au-delà des chiffres et des annonces officielles, ce sont les petites histoires comme celle-ci qui révèlent l’ampleur du problème. Une Guinée où, pour retirer quelques billets, il faut rouler des dizaines de kilomètres, supplier des inconnus, et parfois renoncer à ses projets. Un pays où l’argent existe… mais reste introuvable.