Face à la pénurie persistante de billets observée depuis plusieurs mois, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, a comparu le 28 mars devant le Conseil national de la transition (CNT). À cette occasion, il a détaillé les origines de cette situation ainsi que les actions entreprises par son institution pour y remédier.
Selon lui, la Banque centrale a largement rempli sa mission en injectant d’importantes liquidités dans le circuit financier. Il a notamment indiqué qu’en janvier 2025, environ 30 milliards de francs guinéens avaient été mis à disposition des banques, contre 402 milliards en janvier 2026.
Poursuivant son intervention, il a précisé qu’au cours du premier trimestre 2025, 63 milliards avaient été injectés, alors que pour la même période en 2026, ce montant a atteint 1 293 milliards. Il a également souligné que 1 657 milliards ont été injectés au quatrième trimestre, pour un total de 2 800 milliards sur l’ensemble de l’année 2025. À ses yeux, ces chiffres témoignent d’un effort sans précédent dans l’histoire économique récente du pays.
Le gouverneur estime ainsi que la BCRG a pleinement assumé ses responsabilités, affirmant même qu’elle fait partie des institutions à saluer dans la gestion de cette crise.
Il a toutefois insisté sur le fait que la situation actuelle ne s’explique pas uniquement par un manque de liquidités, mais résulte de plusieurs facteurs combinés. Parmi les éléments externes, il a évoqué le renforcement des contrôles opérés par la CENTIF dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, l’utilisation accrue des avis à tiers détenteur par l’administration fiscale, l’impact du projet minier de Simandou, ainsi que la forte préférence pour les transactions en espèces.
À cela s’ajoutent des contraintes logistiques, notamment les difficultés d’approvisionnement en billets, accentuées par les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales depuis la pandémie de Covid-19.
Sur le plan interne, Dr Kaba a pointé plusieurs insuffisances, notamment des retards dans les commandes de billets, l’absence d’un système national efficace permettant l’interconnexion des moyens de paiement, des lenteurs administratives dans le traitement des transferts de fonds, ainsi que l’obsolescence des équipements de gestion des billets.
Cependant, il a identifié la thésaurisation comme étant le principal problème. Il a expliqué qu’une part de plus en plus importante des billets reste entre les mains du public au lieu de circuler dans le système bancaire. Ainsi, alors qu’en 2022, 71 % des billets étaient détenus par la population contre 29 % par les banques, cette proportion a fortement évolué pour atteindre près de 96 % détenus par le public en 2025.
Selon lui, cette situation entretient la sensation de manque : même en augmentant les injections de liquidités, l’absence de retour des billets dans le circuit bancaire empêche une bonne circulation de la monnaie.
Le gouverneur a également souligné que chacun porte une part de responsabilité dans cette crise, en particulier les usagers qui conservent leur argent hors du système bancaire.
Pour conclure, il a assuré que des mesures sont en cours pour rétablir la situation. Il s’est voulu rassurant, affirmant que les autorités, sous l’impulsion du président de la République, sont mobilisées pour résoudre cette crise. Il s’est dit confiant quant à un retour progressif à la normale dans les semaines à venir.