Au milieu des milliers d’enfants qui composent cette semaine les épreuves de l’examen d’entrée en 7e année en Guinée, un candidat sort du lot. Non pas par son statut ou ses résultats, mais par son histoire. À 30 ans, Alhassane Diallo est assis sur les mêmes bancs que des élèves qui pourraient presque être ses petits frères. Pourtant, loin d’en avoir honte, il porte son uniforme scolaire avec fierté.
Originaire de Kolentein, un village situé dans la préfecture de Kindia, Alhassane participe cette année à l’examen d’entrée en 7e année pour la quatrième fois. Un défi qui pourrait paraître anodin pour certains, mais qui représente pour lui un véritable combat contre les épreuves d’une vie marquée par les renoncements, les regrets et les occasions perdues.
Alors que beaucoup de personnes de son âge ont déjà construit leur carrière ou fondé une famille, lui poursuit un rêve interrompu depuis l’enfance : celui d’étudier.
« Je suis déterminé. Dans la vie, il ne faut jamais se fixer de limites. Tant qu’on a la volonté, on peut poursuivre ses objectifs. Les études n’ont pas d’âge », lance-t-il avec conviction.
Son histoire remonte à plusieurs années. Enfant, il fréquente l’école jusqu’en troisième année avant d’être brutalement contraint d’abandonner. Le manque d’accompagnement et l’absence de suivi scolaire le poussent, comme tant d’autres enfants en milieu rural, hors du système éducatif.
Les années passent. La vie continue. Mais le rêve, lui, refuse de mourir.
Devenu adulte, Alhassane découvre les réalités souvent cruelles du monde du travail. Recruté comme coursier dans le cabinet d’avocat d’un ami, il mesure chaque jour davantage le poids de son manque d’instruction.
« J’ai travaillé avec lui, mais je voyais la réalité. Je me disais toujours : il faut que j’étudie. Même moi, je pleurais parfois en disant que je voulais retourner à l’école », confie-t-il.
Pour lui, l’éducation n’est pas seulement un diplôme. C’est une porte vers la dignité, l’autonomie et l’épanouissement personnel.
« Aujourd’hui, dans beaucoup de domaines, si tu n’es pas instruit, tu es limité. Même quand des personnes veulent t’aider, elles ne peuvent pas toujours le faire à cause de ton niveau d’études. »
Malgré les moqueries et les regards étonnés que suscite parfois sa présence dans une salle de classe remplie d’enfants, Alhassane refuse de céder au découragement. Chaque matin, il revient avec la même détermination, convaincu qu’il n’est jamais trop tard pour changer le cours de son existence.
Et son ambition ne s’arrête pas à cet examen.
« Je veux avoir même mon doctorat. Je veux devenir quelqu’un de grand pour ce pays. »
Une déclaration qui pourrait faire sourire les sceptiques. Mais dans les yeux d’Alhassane, il ne s’agit ni d’un rêve impossible ni d’une simple formule. C’est un objectif. Une promesse qu’il s’est faite à lui-même.
Aujourd’hui, certains se moquent encore de cet homme de 30 ans qui partage les bancs avec des enfants. D’autres, en revanche, voient en lui un modèle de courage et de persévérance. Car il faut une force exceptionnelle pour accepter de recommencer là où la vie vous a obligé à vous arrêter.
À travers son parcours, Alhassane Diallo envoie un message puissant à toute une génération : il n’est jamais trop tard pour apprendre, jamais trop tard pour reprendre ses études, jamais trop tard pour croire en ses rêves.
Et tandis que des milliers de candidats espèrent franchir les portes du collège, lui poursuit un horizon encore plus lointain. Pour cet habitant de Kolentein, le chemin vers le doctorat commence aujourd’hui par une simple copie d’examen d’entrée en 7e année.