La République de Guinée : Une sombre affaire d’or et de silence

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Conakry, Guinée – Alors que les révélations se succèdent et que les responsabilités semblent s’évaporer, la République de Guinée s’enfonce dans un silence assourdissant. Un enregistrement accablant, impliquant le gouverneur de la Banque Centrale, vient de jeter une lumière crue sur l’opacité choquante de la gestion de l’or guinéen, transformant cette affaire en un véritable cauchemar institutionnel.

L’enregistrement qui accable la Banque Centrale

Le journaliste d’investigation Latif a mis au jour un enregistrement audio qui secoue les fondations de l’État. Dans cet audio, une voix attribuée à M. Karamo Kaba, gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), évoque avec une désinvolture déconcertante les termes d’un “arrangement à l’amiable” concernant des tonnes d’or qui auraient été détournées.

“Je ne peux pas signer quelque chose que je ne connais pas. Il m’a dit de voir avec vous… Quel que soit ce que Conté a fait, ça ne doit pas dépasser une tonne d’or…”, entend-on dans l’enregistrement.

Si cette déclaration est authentifiée, elle constitue un aveu d’une gravité inouïe, révélant simultanément l’improvisation, l’aveuglement volontaire et une complicité tacite au plus haut niveau.

Des échanges qui illustrent la dérive

La conversation enregistrée met également en lumière l’implication d’un autre acteur central, Tidiane Koïta, qui tente de se dédouaner face au gouverneur : “Moi, je ne savais pas. Vous m’avez dit de ne communiquer avec personne.”

La réponse du gouverneur ne fait qu’enfoncer le clou : “Sylla m’a informé que de l’argent est entré sur le compte d’Afric Sumbawoute. J’ai été surpris. Je pensais que vous alliez communiquer avec lui.”

À cela, Tidiane réplique : “Ce qu’il m’a envoyé, je vous l’ai transféré. Dès qu’il m’appelle, je vous bippe, on fait une conférence téléphonique, parce que je ne peux plus gérer.”

Ces échanges dévoilent un niveau alarmant de désorganisation, une confusion flagrante des responsabilités et une absence totale de chaîne de contrôle, exposant une gestion institutionnelle gravement compromise.

Un État qui vacille, des institutions silencieuses

Le détournement des ressources aurifères d’un État ne peut être banalisé, ni traité comme un simple différend privé à régler dans l’ombre. Ce qui se joue ici dépasse largement la sphère financière : c’est le socle même de l’État de droit qui est ébranlé.

Face à un tel scandale, le silence des contre-pouvoirs est assourdissant. Où sont les audits indépendants ? Où est la justice ? Ce mutisme est-il un aveu d’impuissance, une résignation, ou pire, une complicité systémique ?

L’or du peuple ne se négocie pas dans l’ombre

Il est impératif de rappeler que l’or de la Guinée appartient au peuple guinéen, et non à une poignée d’acteurs tapis dans l’ombre des institutions. Il représente la richesse d’une nation, sa souveraineté économique et l’espoir de générations futures.

Sa disparition dans des circuits opaques, sans qu’aucune autorité ne rende compte à la Nation, constitue une trahison morale et politique intolérable. Le peuple guinéen mérite des réponses. Il est temps que la lumière soit faite sur cette affaire et que les responsables répondent de leurs actes. Le silence n’est plus une option.

Aly Badara Akila !