Sonfonia : les tirs de la nuit font un mort

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Conakry – La mort du ressortissant béninois atteint par balle lors des tirs survenus à Sonfonia continue de susciter une vive émotion. Le jeune frère de la victime a livré un témoignage poignant, retraçant avec précision les derniers instants de son frère, dans un contexte de panique et de confusion.
Selon son récit, tout aurait commencé alors que la porte de la concession était ouverte. Lui et ses frères étaient sortis, comme de nombreux habitants du quartier Cocoaladon, pour observer la situation alors que des patrouilles étaient en cours. Face à la forte présence de personnes dehors, un homme aurait demandé à la population de rentrer chez elle. Femmes, enfants et riverains ont alors regagné leurs concessions, y compris la famille de la victime.
« Nous étions revenus dans la cour et nous discutions tranquillement. On pensait que le danger était passé », explique-t-il. Il était environ 7h40 – 7h50 lorsque la situation a brusquement dégénéré.
Alors que son frère se trouvait encore dans la cour, des coups de feu ont retenti. « Au début, je pensais que c’était des tirs en l’air pour disperser les gens. Puis j’ai entendu mon frère m’appeler par mon nom, en criant que je vienne le sauver. Il m’a dit qu’on lui avait tiré dessus », raconte-t-il, encore sous le choc.
En descendant précipitamment les escaliers, il entendra son frère l’appeler une seconde fois. Peu après, ce dernier ouvre la grande porte de la maison. Son frère lui fait signe de rester à l’écart tandis qu’il se dirige vers le salon, les parents étant absents, car en voyage.
C’est alors qu’il affirme avoir vu cinq à six militaires encercler son frère blessé. « L’un d’eux l’a frappé avec le pied, il saignait énormément. Un autre le battait en lui demandant : “Où sont tes amis ? Où sont tes amis ?” », témoigne-t-il.
Pris de peur et de panique, il dit avoir crié pour tenter d’intervenir. Les militaires auraient alors demandé la nationalité de la victime. « Il a répondu qu’il était béninois. Dès qu’il a dit cela, ils l’ont finalement laissé », affirme-t-il.
La victime, encore consciente, aurait été déposée au sol. Sa famille pensait qu’il serait immédiatement conduit à l’hôpital. Mais, selon le témoignage, les militaires seraient restés un moment dans la cour avant de quitter les lieux, sans porter assistance.
« Nous sommes restés là jusqu’à 8h ou 9h. Ensuite, nous l’avons transporté pour le coucher sous le hangar. Il était couvert de sang », confie le frère, incapable de dire précisément la gravité des blessures tant il était sous le choc.
Ce témoignage relance de nombreuses interrogations sur les circonstances exactes de la mort du ressortissant béninois et sur le comportement des forces présentes sur le terrain. À ce stade, aucune communication officielle n’a encore été faite pour éclairer l’opinion publique sur ce drame qui endeuille une famille et choque tout un quartier.